Un sommet réunissant des représentants de 48 pays africains

Après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023, Moscou a accueilli la troisième édition du Sommet Russie–Afrique, placée sous le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement ».

Selon les chiffres communiqués par le Kremlin avant l’ouverture, 48 pays africains devaient participer à la rencontre, dont 22 représentés au niveau de leurs chefs d’État. Ces données correspondent aux annonces préparatoires et ne constituent pas un décompte définitif des délégations présentes.

Les travaux ont abordé plusieurs domaines stratégiques : commerce, investissement, énergie, transport, agriculture, industrie, ressources minières et technologies.

Trois documents majeurs adoptés

La Présidence égyptienne a confirmé, le 29 octobre, l’adoption de trois documents lors de la séance plénière :

  1. La déclaration finale du Sommet Russie–Afrique.
  2. Une déclaration sur la coopération dans les applications civiles de l’intelligence artificielle.
  3. Le Plan d’action du Forum de partenariat Russie–Afrique pour 2027–2029.

Ces textes établissent un cadre politique et institutionnel pour les prochaines années. Ils ne constituent pas, à eux seuls, des décisions de financement ou d’attribution de contrats de construction.

Maroc–Russie : un projet d’accord d’investissement en préparation

Le Maroc a participé au sommet à travers une délégation conduite par la Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, représentant Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

La délégation comprenait également Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, ainsi que Lotfi Bouchaara, ambassadeur du Maroc en Russie.

Dans un entretien publié le 28 octobre par Le Matin, l’ambassadeur russe au Maroc, Igor Belyaev, et le représentant commercial russe, Alexeï Andreïev, ont présenté plusieurs pistes de coopération économique.

La principale information concerne un projet d’accord bilatéral sur les investissements, actuellement en cours d’élaboration.

Les secteurs évoqués comprennent notamment l’énergie, les équipements industriels, la logistique, les technologies numériques et l’exploration minière.

Les relations économiques disposent déjà de réalisations concrètes. Dans l’industrie pharmaceutique, par exemple, le partenariat entre le laboratoire marocain Sothema et l’entreprise russe Biocad a accompagné la mise en place d’une production locale de médicaments anticancéreux à Bouskoura.

Un accord de protection réciproque des investissements avait également été signé le 15 mars 2016. Selon les informations rapportées par Le Matin, cet instrument n’était toutefois pas encore entré en vigueur.

Pour les professionnels marocains du BTP et de l’industrie, le rapprochement économique pourrait ouvrir, à terme, des perspectives dans les installations industrielles, les équipements énergétiques et les infrastructures logistiques.

Aucun nouveau contrat de construction au Maroc directement attribuable au sommet n’a cependant été confirmé dans les sources examinées.

Mozambique : un mémorandum dans la construction et l’entretien des routes

La Russie et le Mozambique ont signé, le 28 octobre, un mémorandum de coopération dans le domaine routier.

Paraphé par les ministres des Transports des deux pays, le document couvre plusieurs activités :

  • Construction et reconstruction de routes.
  • Réhabilitation et entretien des infrastructures routières.
  • Gestion des routes à péage.
  • Échanges d’expertise et études techniques.
  • Coopération entre organismes spécialisés.

La création d’un groupe de travail commun est également envisagée.

Les échanges ont par ailleurs porté sur le transport maritime et l’intérêt du Mozambique pour une éventuelle participation d’entreprises russes à des projets d’infrastructures, notamment ferroviaires.

Cet accord crée un cadre de coopération technique, mais ne précise aucun kilométrage de travaux, budget de chantier ou calendrier de réalisation.

Kenya, République centrafricaine et Sierra Leone : de nouveaux accords dans les transports

Le ministère russe des Transports a confirmé la signature de plusieurs autres mémorandums au cours du sommet.

Au Kenya, l’accord couvre notamment l’aviation civile, les transports ferroviaires, maritimes et urbains, ainsi que la planification multimodale. Il prévoit une coopération dans la conception, la construction, la supervision et la gestion des infrastructures de transport, ainsi que dans les systèmes de transport intelligents.

En République centrafricaine, le mémorandum concerne les transports et le transit, avec une attention portée aux connexions terrestres et aériennes, au transport de marchandises et aux corridors internationaux.

En Sierra Leone, les engagements concernent les liaisons maritimes, les transports de marchandises et le développement des connexions logistiques avec d’autres pays.

Un autre accord a été signé avec le Togo sur la reconnaissance mutuelle des qualifications des marins. Il vise à faciliter la coopération dans le transport maritime et ne porte pas sur la construction d’infrastructures portuaires.

Ces accords constituent des cadres de coopération sectorielle, sans annonce de nouveaux marchés de travaux attribués.

Togo : un mémorandum de coopération nucléaire avec Rosatom

Le 28 octobre, le groupe public russe Rosatom et le ministère togolais chargé de l’Énergie ont signé un mémorandum relatif aux usages pacifiques de l’énergie nucléaire.

L’accord a été signé par Alexeï Likhatchev, directeur général de Rosatom, et Robert Koffi Messan Eklo, ministre délégué chargé de l’Énergie au Togo.

Le texte prévoit la création de groupes de travail chargés d’étudier les possibilités de coopération dans les applications énergétiques et non énergétiques du nucléaire.

La formation de spécialistes, les applications médicales et agricoles ainsi que le développement de compétences techniques figurent parmi les domaines envisagés.

Rosatom a également mentionné les unités nucléaires flottantes comme solution susceptible d’être étudiée.

Aucune décision de construction d’une centrale nucléaire au Togo, aucun site et aucun financement de chantier ne sont confirmés dans ce mémorandum.

Égypte, Togo, Namibie et Tanzanie : des négociations sur les centrales nucléaires flottantes

Egypte

Rosatom a annoncé être en discussions avancées avec quatre pays africains — l’Égypte, le Togo, la Namibie et la Tanzanie — concernant de possibles centrales nucléaires flottantes.

Port de Walvis – Namibie

Parmi les solutions proposées figurent des unités d’une puissance de 100 mégawatts (MW), adaptées à des implantations côtières.

Port de dar-es Salam – Tanzanie

Ces projets pourraient nécessiter des aménagements techniques, des raccordements électriques et des dispositifs de sécurité spécifiques.

Scale model of the Russian floating nuclear power plant Akademik Lomonosov / Image: Wikimedia – Birulik.

Les négociations demeurent distinctes de commandes fermes : aucune implantation définitive ni attribution de travaux n’a été annoncée pour ces quatre propositions.

L’Égypte poursuit par ailleurs son programme nucléaire terrestre d’El Dabaa, développé avec la Russie.

Ce projet comprend quatre réacteurs de 1 200 MW, soit une puissance nominale totale prévue de 4 800 MW. Il s’agit d’un programme existant, et non d’un nouveau contrat issu du sommet de Moscou.

Mali : deux contrats signés pour la cartographie géologique et les données minières

Contrairement à plusieurs mémorandums annoncés au sommet, le Mali a signé deux contrats portant sur des prestations définies avec Zarubezhgeologia, société chargée des projets internationaux du groupe russe Rosgeologiya.

Le premier contrat prévoit la production de cartes géologiques de deux zones prioritaires du territoire malien afin d’identifier des secteurs présentant un potentiel minier.

Le second concerne la création d’un système national d’information géologique destiné à organiser, stocker et exploiter les données relatives au sous-sol.

Selon les précisions publiées le 28 octobre par le quotidien malien L’Essor :

ContratObjetDurée annoncée
1Cartographie géologique à l’échelle 1/200 000 sur deux zones prioritaires24 mois
2Système national d’information géologique8 mois

Les travaux comprennent notamment l’interprétation d’images satellitaires, l’analyse des données géologiques et la formation de spécialistes.

Reuters confirme la signature des contrats et précise que les deux zones de cartographie représentent plus de la moitié du territoire malien.

Les montants financiers des deux contrats n’ont pas été publiés dans les sources consultées.

Ces prestations peuvent contribuer à préparer de futurs investissements miniers, mais elles ne constituent pas des contrats de construction de mines ou d’infrastructures.

Burkina Faso, Mali et Niger : un mécanisme financier en préparation

Les relations économiques entre la Russie et les pays de la Confédération des États du Sahel ont également fait l’objet d’annonces.

Niger

La banque publique russe de développement VEB.RF et la Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’AES (BCID-AES) ont signé un mémorandum visant à développer des mécanismes de financement pour de futurs projets.

Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a évoqué un portefeuille potentiel d’investissements au Burkina Faso, au Mali et au Niger, dont la valeur pourrait représenter plusieurs milliards de dollars dans une première phase.

Burkina Fasso

Ce montant correspond à une estimation des projets envisagés, et non à une enveloppe financière déjà décaissée ou contractuellement engagée.

Les projets individuels, leurs secteurs définitifs et leurs calendriers restent à préciser.

Afrique australe : la SADC signe un plan d’action avec la Russie

La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Russie ont signé, le 28 octobre, un plan d’action destiné à renforcer leur coopération.

Le document couvre notamment le commerce, l’investissement, l’industrialisation, les transports, l’énergie, les mines et les technologies.

L’objectif est de soutenir les échanges institutionnels, la formation, le transfert d’expertise et la coopération technique.

Ce plan constitue un cadre de partenariat régional, sans financement de chantier ou marché de construction identifié dans le communiqué de signature.

Union africaine : un plan de coopération couvrant 19 domaines

La Commission de l’Union africaine et la Russie ont également signé un plan d’action pour 2027–2029.

D’après le communiqué officiel de l’Union africaine, ce document couvre 19 domaines de coopération.

Parmi les secteurs concernés figurent :

  • Les infrastructures de transport.
  • L’énergie et les ressources en eau.
  • L’agriculture et la sécurité alimentaire.
  • Le commerce et l’investissement.
  • Les technologies, l’intelligence artificielle et la transformation numérique.
  • La formation et le développement des compétences.

Le document précise qu’il s’agit d’un cadre de coopération institutionnelle, sans création automatique d’obligations juridiques internationales.

Il doit être distingué du plan général 2027–2029 adopté par le sommet lui-même.

Ports, gaz et électricité : NOVATEK présente un concept de plateforme énergétique intégrée

En marge du forum économique, l’entreprise russe NOVATEK a présenté un concept destiné à associer infrastructures maritimes, gaz naturel liquéfié et production électrique.

Le dispositif envisagé repose sur une plateforme à base gravitaire réunissant les fonctions de réception, stockage et regazéification du GNL, ainsi qu’une centrale électrique.

Caractéristiques techniques annoncées par NOVATEK

IndicateurValeur présentée
Dimensions de la plateforme290 × 70 m
Profondeur d’installation envisagéeJusqu’à 13 m
Puissance électriqueJusqu’à 1 GW
Capacité de réception du GNLJusqu’à 7 millions de tonnes/an
Équivalent gaz avancéEnviron 10 milliards de m³/an

L’entreprise évoque également une phase de préparation technique d’environ trois mois après l’arrivée de la plateforme, selon ses propres estimations.

Ce concept pourrait, s’il était retenu, nécessiter des compétences en génie maritime, raccordements électriques, infrastructures gazières et construction industrielle.

Il ne s’agit toutefois pas d’un projet attribué dans un pays africain précis. Aucun site, financement ou contrat de réalisation n’a été confirmé.

Quels enjeux pour les entreprises du BTP et les investisseurs africains ?

Les travaux du sommet font apparaître plusieurs niveaux d’engagement, qu’il convient de distinguer.

Pays ou régionPrincipale annonceStatut
MarocProjet d’accord sur les investissementsEn préparation
MozambiqueCoopération dans les infrastructures routièresMémorandum signé
Kenya, RCA, Sierra LeoneCoopération dans les transportsMémorandums signés
TogoCoopération nucléaire avec RosatomMémorandum signé
Égypte, Togo, Namibie, TanzanieCentrales nucléaires flottantesDiscussions avancées
MaliCartographie géologique et système d’information minierDeux contrats signés
Burkina Faso, Mali, NigerMécanismes de financement et projets potentielsMémorandum financier signé ; projets à préciser
Afrique australeCoopération multisectorielle SADC–RussiePlan d’action signé
Union africaineCoopération dans 19 domainesPlan 2027–2029 signé
Marchés africains non précisésPlateforme GNL et électricité de NOVATEKConcept industriel présenté

Pour les entreprises marocaines et africaines, les domaines à surveiller concernent notamment les travaux publics, les infrastructures de transport, les installations énergétiques, l’ingénierie industrielle et les services techniques.

Mais la signature d’un mémorandum ne signifie ni financement disponible, ni ouverture automatique d’un appel d’offres.

L’intérêt économique de ces annonces devra être mesuré à travers leur concrétisation : études de faisabilité, mobilisation des financements, identification des maîtres d’ouvrage, lancement des consultations et démarrage des travaux.

Des accords de coopération aux projets opérationnels

Le troisième Sommet Russie–Afrique marque une nouvelle étape dans la structuration des relations entre Moscou et plusieurs États et organisations africaines.

Le Maroc participe à cette dynamique dans une perspective de diversification économique et de développement de partenariats industriels et technologiques.

À travers les infrastructures routières, l’énergie, les transports, les ressources minières et les plateformes industrielles, les annonces mettent en évidence des secteurs susceptibles de mobiliser des investissements dans les prochaines années.

Les travaux du Sommet Russie–Afrique se poursuivent ce 29 octobre 2026, et de nouvelles annonces pourraient encore intervenir, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’industrie et des investissements, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives de coopération économique entre la Russie et les pays africain


BÂTIMAG | OPPORTUNITÉS À SUIVRE

Zone : Maroc et continent africain.

Secteurs : infrastructures, transport, énergie, industrie, mines et logistique.

Accords confirmés : mémorandums et plans d’action dans les transports, l’énergie et la coopération régionale ; deux contrats de prestations géologiques au Mali.

Marchés BTP issus du sommet : aucun appel d’offres de construction directement attribuable au sommet n’a été identifié dans les sources examinées.

Échéances à surveiller : plan d’action Russie–Afrique 2027–2029 ; mise en œuvre des mémorandums ; précisions sur les financements ; publication d’éventuels marchés.

Prochaine étape : identifier les projets dont le financement, le maître d’ouvrage, le calendrier et les procédures de consultation seront officiellement annoncés.

Bilan établi sur la base des informations rendues publiques et vérifiées au 29 octobre 2026. Il ne constitue pas un inventaire exhaustif des accords du sommet.

Sources principales

Bâtimag – Première plateforme Maroc-Afrique dédiée à la construction, BTP, Génie civil, architecture et développement territorial
Informer. Connecter. Développer.