430 kilomètres de ligne nouvelle, 53 milliards de dirhams consacrés aux infrastructures et équipements, des centaines d’ouvrages d’art, de nouvelles gares, un tunnel sous Rabat et des travaux qui transforment désormais jusqu’à l’exploitation quotidienne du réseau : la LGV Kénitra–Marrakech est entrée dans une phase particulièrement visible de sa réalisation. Alors que de nouveaux marchés de gares sont lancés et que plusieurs ouvrages majeurs sortent progressivement de terre, la plateforme Bâtimag revient sur les dernières avancées et les grandes étapes de l’un des plus importants chantiers d’infrastructure actuellement menés au Maroc.

2026 : le chantier entre dans une nouvelle phase
L’année 2026 marque une nouvelle séquence dans la réalisation de la Ligne à Grande Vitesse Kénitra–Marrakech.
Le projet ne se résume plus aux grands terrassements préparatoires. Viaducs, tranchées couvertes, ponts, gares, équipements ferroviaires et ouvrages urbains se développent simultanément sur plusieurs sections.
Cette montée en puissance s’inscrit dans un programme ferroviaire beaucoup plus vaste, particulièrement visible dans le Grand Casablanca.
L’ONCF prévoit notamment de porter l’infrastructure ferroviaire entre Mohammedia et Nouaceur à six voies : deux pour la grande vitesse, deux pour les trains de proximité et deux pour les autres circulations ferroviaires.
Le programme comprend également l’élargissement de nombreux ouvrages dans la région de Casablanca, la modernisation de la signalisation, le développement de nouvelles gares et la réalisation de plusieurs centaines de kilomètres de voies électrifiées.
Un tunnel de près de 3 kilomètres sous Rabat
Parmi les ouvrages emblématiques figure le tunnel ferroviaire de Rabat.
L’ONCF a récemment dévoilé de nouvelles images de ce chantier stratégique de la future LGV.
L’ouvrage doit s’étendre sur près de 3 kilomètres sous la capitale.
Le rapport d’activité 2024 de l’ONCF indique que le démarrage des travaux du tunnel avait été notifié à l’entreprise en décembre 2024.
Sa réalisation illustre la complexité particulière des sections urbaines du projet, où la future LGV doit s’intégrer à des infrastructures ferroviaires et urbaines déjà fortement contraintes.
Cinq nouvelles gares mises en jeu entre Benguérir et Marrakech
L’un des développements récents les plus importants concerne les gares.
L’ONCF a lancé la consultation 26T053/PLGV portant sur la construction de cinq gares associées au programme ferroviaire Kénitra–Marrakech :
- LGV Ville Verte de Benguérir ;
- RER Ville Verte de Benguérir ;
- Sidi Bou Othmane ;
- Sidi Ghanem ;
- Stade de Marrakech.
L’estimation du maître d’ouvrage s’élève à 462,288 millions de dirhams.
La date limite de remise des offres était fixée au 24 septembre 2026.
À ce stade, il convient donc de parler d’un appel d’offres et non d’un marché attribué tant qu’un résultat définitif n’a pas été officiellement rendu public.
La présence d’une gare « Stade de Marrakech » illustre également l’articulation croissante entre les grands projets ferroviaires et les équipements appelés à accompagner les transformations urbaines et sportives du Royaume.
Six autres gares entre Sidi Taibi et Zenata
Le programme de gares s’étend également plus au nord.
Une autre consultation de l’ONCF, référencée 26T057/PLGV, porte sur la réalisation de six gares :
- Sidi Taibi ;
- Sidi Bouknadel ;
- Sidi Abdellah ;
- Salé Tabriquet ;
- Aïn Atiq ;
- Zenata Ville Nouvelle.
L’estimation du maître d’ouvrage atteint 480 millions de dirhams.
La date limite de remise des offres est annoncée pour le 29 octobre 2026.
Ces opérations montrent que la LGV doit être comprise comme la colonne vertébrale d’une transformation ferroviaire plus large, associant grande vitesse, dessertes régionales, trains de proximité et nouvelles centralités urbaines.
430 kilomètres de nouvelle ligne à grande vitesse
Les documents officiels de l’ONCF permettent désormais de mesurer précisément l’ampleur du projet.
La future infrastructure représente environ 430 kilomètres de ligne nouvelle à grande vitesse, à double voie, conçue pour une vitesse d’exploitation pouvant atteindre 320 km/h.
Selon le Green Bond Framework de l’ONCF, le projet comprend notamment :
3 500 hectares d’emprises foncières ;
80 millions de m³ de terrassements ;
30 viaducs et tranchées couvertes totalisant environ 45 kilomètres ;
et environ 400 ponts-rails et ponts-routes.
Ces chiffres donnent une idée de la dimension exceptionnelle du chantier de génie civil engagé entre Kénitra et Marrakech.
20 millions de m³ terrassés et 15 viaducs engagés
L’ONCF a également communiqué en 2026 plusieurs données précises sur l’avancement physique du projet.
À la date de cette communication, l’Office indiquait que 20 millions de m³ de terrassements avaient déjà été réalisés.
Le chantier comptait également :
15 viaducs en cours de réalisation ;
3 tranchées couvertes engagées à l’aéroport de Casablanca, Zenata et Aïn Atiq, sur environ 1,5 kilomètre ;
et 92 ponts-rails et ponts-routes dont les travaux avaient déjà débuté.
Ces chiffres constituent l’un des instantanés officiels les plus précis publiés jusqu’ici sur l’état physique du chantier.
Fin mai 2026, le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, indiquait par ailleurs devant la Chambre des représentants que le projet avait atteint environ 30 % d’avancement.
Ce taux correspond toutefois à la situation communiquée à cette date. Il ne doit donc pas être présenté comme le taux d’avancement actuel du projet sans nouvelle mise à jour officielle.
53 milliards de dirhams pour la LGV
La ligne Kénitra–Marrakech s’inscrit dans un programme ferroviaire national de très grande ampleur.
L’ONCF chiffre à 96 milliards de dirhams l’ensemble du programme lancé dans la perspective de 2030.
Cette enveloppe se répartit notamment entre :
53 milliards de DH pour les infrastructures et équipements de la LGV Kénitra–Marrakech ;
29 milliards de DH pour l’acquisition de 168 nouveaux trains ;
et 14 milliards de DH consacrés au maintien de la performance et à l’amélioration du réseau ferroviaire existant.
La commande de matériel roulant comprend :
18 trains à grande vitesse attribués à Alstom ;
40 trains Intervilles attribués à CAF ;
et 110 trains destinés aux dessertes régionales et métropolitaines, attribués à Hyundai Rotem.
L’ONCF indiquait également en avril 2026 que près de 150 entreprises étaient directement mobilisées sur les différents volets du programme, dont près des deux tiers d’entreprises nationales.
205 millions d’euros de la BAD pour les infrastructures ferroviaires
Le financement du développement ferroviaire marocain a également connu une nouvelle étape en septembre 2026.
Le 17 septembre, le Maroc et la Banque africaine de développement ont signé un accord de financement de 205 millions d’euros consacré au Projet d’appui au développement des infrastructures ferroviaires – PADIF.
Selon la BAD, ce financement doit accompagner le développement des infrastructures ferroviaires et renforcer notamment le corridor Kénitra–Marrakech.
Le projet porte notamment sur des équipements et infrastructures ferroviaires associés au développement de la grande vitesse et du réseau conventionnel.
Ce financement international complète ainsi les importants investissements déjà mobilisés pour transformer l’axe ferroviaire atlantique marocain.
Flash-back : les études détaillées démarrent en 2022
Le chantier aujourd’hui visible sur le terrain est l’aboutissement de plusieurs années de préparation.
Selon le rapport d’activité 2023 de l’ONCF, les études détaillées de l’infrastructure ont démarré en août 2022.
En novembre 2023, l’Office crée son Pôle Projets Lignes à Grande Vitesse, tandis que la déclaration d’utilité publique du projet est publiée au Bulletin officiel.
En janvier 2024, le dossier d’acceptabilité environnementale est déposé.
À cette période, l’ONCF évaluait l’avancement global du projet à environ 5 %.
Il s’agissait alors essentiellement d’une phase d’études, d’acquisitions foncières, de procédures administratives et de préparation des grands marchés.
2024 : les grands marchés de génie civil sont attribués
L’année 2024 marque le véritable passage vers la phase industrielle.
En août, l’assistance à maîtrise d’ouvrage est confiée au groupement constitué d’Egis, SYSTRA et Novec.
Le groupement accompagne l’ONCF sur plusieurs dimensions : coordination du projet, planning, cohérence technique, intégration des marchés, essais et homologation.
Dans son rapport d’activité 2024, l’ONCF indique également que les travaux d’infrastructure et de génie civil ont été répartis en 13 lots, concernant notamment terrassements, ouvrages d’art et rétablissements de communications.
À fin 2024, l’Office indiquait que l’ensemble des marchés correspondants avait été lancé et attribué.
Le projet affichait alors un avancement physique global de 18,9 %, avec un taux d’engagement de 79 %.
Plusieurs grands groupes marocains et internationaux mobilisés
Les différents lots ont fait entrer sur le chantier plusieurs grands acteurs du BTP marocain et international.
Parmi les entreprises mobilisées figurent notamment des groupes chinois et marocains, ainsi que plusieurs spécialistes des infrastructures ferroviaires.
TGCC a notamment obtenu un tronçon d’environ 51 kilomètres.
Le groupe indique que son lot implique le déplacement d’environ 9 millions de m³ de terres, en plus des ouvrages d’art, terrassements, rétablissements de communications et autres travaux de génie civil.
Jet Contractors a également obtenu un lot de génie civil couvrant environ 60 kilomètres, pour un montant de l’ordre de 2 milliards de dirhams, selon ses propres publications financières.
Colas : près de 430 millions d’euros de contrats
Début 2025, Colas a confirmé avoir remporté trois contrats représentant un montant cumulé proche de 430 millions d’euros.
Sa filiale marocaine GTR réalise un lot de génie civil d’une valeur d’environ 180 millions d’euros, portant sur près de 40 kilomètres.
Colas Rail a parallèlement obtenu un contrat d’environ 200 millions d’euros pour la conception et la construction de voies, caténaires et sous-stations électriques.
Un troisième marché d’environ 50 millions d’euros porte sur des travaux de superstructure et de génie civil réalisés sur des voies ferroviaires exploitées.
Les trois contrats ont été signés en janvier 2025.
Colas prévoit une livraison de son lot de génie civil vers fin 2027, tandis que les travaux ferroviaires de Colas Rail doivent se poursuivre jusqu’en 2028.
24 avril 2025 : lancement royal du programme
Le 24 avril 2025 constitue l’une des dates charnières du projet.
Le Roi Mohammed VI procède officiellement au lancement du projet de la nouvelle LGV Kénitra–Marrakech, dans le cadre du vaste programme ferroviaire national porté par l’ONCF.
Quelques mois plus tard, en septembre 2025, l’Office annonce que les travaux ont atteint leur « vitesse de croisière ».
Le projet prolonge vers le sud la première LGV marocaine, mise en service entre Tanger et Kénitra en 2018, et constitue ainsi une nouvelle étape dans la construction d’un grand axe ferroviaire à grande vitesse traversant le Royaume du nord vers le sud.
Tanger–Marrakech : un objectif annoncé de 2h40
Lors du lancement officiel du projet, l’ONCF annonçait comme objectif une liaison Tanger–Marrakech en 2h40.
Les temps de parcours présentés à cette occasion comprenaient également :
Casablanca–Marrakech en 1h15 ;
Rabat–Marrakech en 1h40 ;
Tanger–Casablanca en 1h40 ;
et Tanger–Rabat en environ 1 heure.
Ces chiffres correspondent aux objectifs de performance annoncés lors du lancement du programme et devront naturellement être confirmés lors de la définition définitive des dessertes commerciales.
Au-delà du gain de temps, le projet doit surtout renforcer la connexion ferroviaire entre les grandes métropoles, les aéroports, les zones économiques et plusieurs équipements stratégiques.
Gares, technicentres et maintenance : l’autre chantier
La LGV ne se résume donc pas à une succession de terrassements, ponts, viaducs et rails.
Le programme prévoit également plusieurs infrastructures de maintenance et d’exploitation.
Le rapport d’activité de l’ONCF confirme notamment la réalisation de trois technicentres à Fès, Nouaceur et Marrakech, complétés par plusieurs stations de maintenance réparties sur le réseau.
Ces installations seront indispensables pour assurer l’entretien du nouveau matériel roulant et la disponibilité des trains.
Le concept architectural de plusieurs nouvelles gares a également été progressivement finalisé, tandis que les consultations et marchés correspondants se multiplient.
Une mise en service visée en 2029
Le calendrier constitue naturellement l’un des enjeux majeurs du projet.
Le planning directeur publié dans la documentation de l’ONCF faisait initialement apparaître une mise en service en novembre 2029, après les phases d’équipements et d’essais dynamiques.
En mai 2026, le ministre du Transport et de la Logistique a annoncé un objectif plus précis de livraison en septembre 2029.
La référence la plus récente place donc désormais l’échéance en septembre 2029.
Cette programmation permettrait de disposer de la nouvelle infrastructure avant la Coupe du monde de football 2030, organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Un projet qui transforme déjà le territoire
À mesure que le chantier avance, la LGV Kénitra–Marrakech apparaît de moins en moins comme une simple extension d’Al Boraq.
Elle constitue désormais l’ossature d’une restructuration beaucoup plus vaste du système ferroviaire marocain.
Grande vitesse, nouvelles gares, trains de proximité, desserte des aéroports, équipements sportifs, technicentres, modernisation du réseau conventionnel et nouveaux systèmes ferroviaires sont progressivement imbriqués dans un même programme.
La multiplication des marchés de terrassement, génie civil, ouvrages d’art, voies, caténaires, signalisation, architecture et ingénierie fait parallèlement du projet un chantier majeur pour l’ensemble de l’écosystème marocain du BTP.
En 2026, plusieurs indicateurs témoignent déjà de cette transformation : 20 millions de m³ de terrassements réalisés lors du dernier point officiel détaillé, 15 viaducs engagés, 92 ponts-rails et ponts-routes entamés, trois tranchées couvertes lancées, le tunnel de Rabat en construction et de nouveaux marchés de gares successivement mis en consultation.
Avec une enveloppe de 53 milliards de dirhams consacrée à la LGV elle-même, une échéance désormais annoncée pour 2029 et des chantiers répartis sur plusieurs centaines de kilomètres, le corridor Kénitra–Rabat–Casablanca–Marrakech est entré dans la phase la plus spectaculaire de sa transformation.
Infographie résumé :

Bâtimag – Première plateforme Maroc-Afrique dédiée à la construction, BTP, Génie civil, architecture et développement territorial